PYROMANE – CHAPITRE 7

Les gardiennes patrouillent en silence, leurs pas résonnant à peine sur le sol en béton. Les ronflements des détenues endormies se mêlent aux chuchotis des insomniaques. Les lattes du lit d’Esméralda grincent, tandis qu’elle se penche par-dessus la petite barrière de sécurité. Un sourire marque ses fossettes.

« Gata, tu rêves de quoi toi ? »

Béatrice frotte son visage.

« De tout et de rien, lâche-t-elle d’une voix ensuquée.
— Moi, je rêve d’abuelita. Elle me conseille beaucoup. Parfois, il y a un magnifique renard.
— C’est bien ça.
— Bonne nuit, gata.
— Bonne nuit, Esmé. »

*

Le parfum sucré des gaufres sature l’air. La foule envahit les rues pavées. Des éclats de rire et de conversations forment un brouhaha oppressant. Béatrice fend la mer humaine, prise dans une course effrénée. Les yeux écarquillés, la respiration saccadée, ses pieds martèlent le sol comme s’ils frappent des démons. Les battements de son cœur noient les hurlements de ses parents, qui se muent en écho lointain.

C’est quoi ce bordel ‽

Un instant plus tôt, elle s’assoupissait en parlant avec Esméralda. Un cauchemar ? La nausée crépite dans sa trachée. Sa vision se brouille. Les boutiques et les promeneurs se mélangent en une tache grise impropre. Cet endroit… On est à Turin ?

« Par-là. »

La voix masculine et guttural vient de partout et nulle part. Familière, Béatrice n’arrive pas à placer un visage dessus. Un renard coupe sa route, se faufile entre les passants et les chiens. L’obscurité les dévore et les recrache à une station de police.

Béatrice trébuche, s’étale de tout son long sur le carrelage abîmé et vieux. Sa sueur tombe à grosses gouttes sur ses poings. Elle s’affale contre un mur. Les policiers ne remarquent pas sa présence. Ils poursuivent leur travail, leur discussion et leur pause-café.

La poisse ! Mon cerveau n’aurait pas pu rêver d’autre chose ?

Quelque chose l’effleure.

Des yeux bleu vert l’invitent au calme, similaires à une combustion de cuivre. Le renard s’allonge en travers de ses jambes tremblantes, lui offrant sa présence. Béatrice tend une main, hésitante. Sous la pulpe de ses doigts, la fourrure rousse est chaude et épaisse.

« Tu dois sortir d’ici. »

De son museau, le renard lui indique un olivier. Sur les branches feuillues, des œillets s’entortillent. Un brouillard d’un violet profond, tirant sur un bleu nuit, émane des racines. Béatrice se lève d’un bond. Le renard glapit en un son déformé, avant de sauter sur un bureau. Une policière jette un dossier tout près de l’animal.

« On fait quoi de la gamine ? Les autorités françaises la prennent en charge ?
— Des gars de chez eux sont en route, lui répond un collègue sans lever les yeux de son écran. L’interprète est à l’hôpital avec elle. »

Non ! Béatrice tombe à genoux. Des images en pagaille agressent son esprit. Une à une, elles rejouent le meurtre de ses parents aux mains du Macellaio.

« Arrête ça !
— Tout va bien, Beatrycze. Suis-le, s’il te plaît. »

Le renard descend de son perchoir et trottine jusqu’à l’olivier. Le tronc l’avale. Béatrice s’avance à sa suite, les muscles tendus et la nuque raide. Sa main tremblotante s’approche de l’écorce et la traverse.

Un mirage ?

Elle tombe dans le vide. Un hurlement vrille ses tympans. Un flou constant de bleu et blanc l’attire vers le bas. Un parfum rance sature son odorat. De la bile envahit sa bouche. Le choc ne vient pas. À la place, elle se retrouve accroupie à l’ombre d’une église.

Une casquette vissée sur la tête cache sa coupe à la garçonne. À ses pieds, un gobelet attend une petite pièce jetée par un passant généreux. Un couple la dépasse, le parfum de la femme lui rappelle sa mère. J’ai consommé quoi avant de me coucher ?

« Lève-toi. »

Pour aller où ? Béatrice rapproche d’elle son sac à dos, rempli de bric-à-brac accumulé en plus d’un mois d’errance. Tout est si réel, comme si je revivais un souvenir. Ses yeux brûlent comme sa gorge, alors qu’elle repousse sa tristesse au fond de ses entrailles.

« Je t’attends. »

Le renard apparaît devant elle. Ce n’est pas lui qui me parle… Il s’assoit, sa queue touffue couvre ses pattes avant. Du sang poisse sa patte avant gauche. Un miasme noir s’en échappe. Le pauvre. Il bâille et s’ébroue. Un soupir gonfle et dégonfle son poitrail. Il penche sa tête sur le côté, ses oreilles aux pointes noires droites.

« Tu dois sortir d’ici. »

Béatrice renifle, essuie son nez. Qu’a-t-elle à perdre ? Elle se lève, les jambes vacillantes. Le renard n’est plus là. Seule, elle marche à l’aveugle. Les bars et les boîtes de nuit se succèdent. Le boucan des fêtards cède la place à des murmures et des gloussements. Le bout des cigarettes rougeoie. La fumée toxique s’infiltre dans les poumons des prostituées et de leurs clients.

Une luciole virevolte devant Béatrice et la guide jusqu’à une maison étroite coincée au milieu de bâtiments délabrés. Une lanterne rouge éclaire Reiju. Il a tout juste dix-huit ans. Perché sur des stilettos sanguins, il fume. Le regard vacant, il ne la remarque pas.

Notre rencontre…

Le décor change. Le banc du parc est humide sous ses fesses. Cependant, Béatrice ne s’en plaint pas. Comme une dizaine d’années plus tôt, elle secoue ses mains puis tord ses doigts, avant de reprendre son apprentissage de la langue des signes italienne. Reiju l’imite, les yeux fixés sur ses lèvres malgré son coquard. Une nuée de bleus violacés marron s’égrène sur la peau diaphane.

Elle le frappait souvent, songe Béatrice avec un pincement au cœur.

Elle grimace face à la tenue vulgaire de son frère, dont le shot ultra-court et le débardeur transparent accentuent la maigreur. Un jour, il portera un beau costume. Béatrice délaisse le livre aux pages recouvertes de dessins pour les magasins fermés. Devant l’un d’eux, l’enseigne du barbier est allumée. La bande marquée de spirales bleues, blanches et rouges tournoie. Ses doigts saisissent l’une de ses boucles, qui réatteignent ses oreilles.

« B-a ? »

Béatrice se reconcentre sur Reiju. Il déteste oraliser, rencontrant des difficultés pour articuler et réguler le volume de sa voix. Cela n’aurait tenu qu’à elle, il n’aurait jamais eu besoin de faire tant d’effort pour communiquer.

« Q-wa ? »

Il se force à parler, incertain de son signe. Comme pour ne pas briser cette rêverie, Béatrice en respecte la continuité. Les feuilles défilent, alors que ses yeux capturent les gestes désirés.

« Toi, jour, vêtements beaux, homme. »

Une crampe la gêne. Béatrice agite ses poignets, guettant la réaction de Reiju. Il rit. Son rire est à moitié muet, mais forme une mélodie enchantée. Un éclair fend les cieux, rend le monde blanc. Ils ne sont plus au parc, mais devant la maison biscornue. La lanterne déverse sa lueur rouge sur eux.

« Aide-moi. »

Reiju répète sa supplique. Une expression horrifiée accentue le bleu de ses prunelles et la pâleur de son teint. Gentiment, Béatrice attrape son coude et hoche de la tête. Elle le suit à l’intérieur pour la première fois. Son sang se glace. Le cadavre de Satomi, la mère de Reiju, git dans une mare carmine. Béatrice sursaute et bondit en arrière.

À la place de Satomi se tient le renard. Sous lui, le tapis imbibé d’hémoglobine se transforme. Reiju et elle se tiennent devant un recruteur de Sforza-Romano. On a fui de ville en ville pendant un an. Elle se rappelle de leurs larcins et de leurs combines pour survivre.

L’espoir d’une vie meilleure nous a aveuglé. Béatrice ouvre son faux passeport. À côté de sa photo, son nom de famille, sa date et sa ville de naissance ont été changés : Beatriz Russo, née le 21 novembre 1972 à Rome. Elle gigote, nerveuse. Dire que le recruteur a réellement cru qu’elle avait 18 ans et non 14. Marcus a pété un câble en découvrant le pot aux roses.

Le recruteur les amène dans une salle. Parmi les autres candidats, le renard l’y attend.

« Continue d’avancer. »

Une blancheur pure dévore son environnement. Béatrice se tient allongée en haut d’une colline, les cailloux s’enfoncent dans son buste et ses jambes. Marcus n’est qu’une présence lointaine sur sa gauche. On est en Finlande, devine-t-elle.

Son corps se détend, tandis qu’elle repère sa cible. Plus d’un kilomètre les sépare. L’homme court, se heurte aux branches des arbres. C’est inutile. Béatrice maîtrise sa respiration, aligne les éléments puis tire. Il s’effondre, dépourvu de vie. Marcus claque son dos et la félicite.

C’est lors de ce déploiement qu’on s’est rapprochés. Son mentor l’aide à ranger son Walter WA 2000. Sur le chemin de retour, ils parlent comme un père et une fille. Je ne sais même plus pourquoi on était ici. Cela la surprend à demi : à l’époque, elle cherchait à gagner de l’expérience et obtenir des informations sur le Macellaio.

Un brouillard dévore la Taïga.

Béatrice descend d’un véhicule. Ce rêve est long et tellement décousu. Sa respiration se bloque dans sa gorge. L’humidité sature l’air. La forêt se réveille, sa végétation dense s’étend sur des centaines de millier d’hectare. On est en Pologne. J’étais déployée avec l’unité Campagnol, même si je travaillais indépendamment d’eux.

Un local la guide à son bivouac, tenu à l’écart du reste. Elle le remercie en silence et commence à s’installer. Un froid déstabilisant la gangrène. Une chair de poule s’éclot le long de ses bras qu’elle frotte. Au loin, elle perçoit les bruits de la prison. Je ne veux pas me réveiller. Son cœur se serre. Elle craint et souhaite en même temps continuer cette expérience étrange.

Le renard l’attend à deux pas de sa tente. Ils se promènent ensemble, silencieux. Białowieża[1] leur ouvre ses entrailles, patiente et éternelle. Ils s’arrêtent devant un immense chêne. Béatrice en caresse l’écorce qui s’effrite.

Sous ses doigts, MCMXCVIII[2] apparaît.

« L’année où nous sommes morts.
— Misha. »

Béatrice hoquette, cherche de l’air. Elle n’ingurgite que des fragrances de résine, de terre et d’humidité. Face à elle, Misha Poliakov berce un bébé endormi, caché par une couverture bleu ciel. Le soleil se reflète dans ses cheveux bruns coupés court. Une tendresse infinie brille dans ses prunelles marron, aussi attachantes que son sourire et la fossette de son menton.

De la boue recouvre son uniforme.

« Bonjour, mój kot. »

Il secoue sa tête.

« Non, tu n’es plus mój kot ni gata.
— Misha, comment ? »

Un rêve. Ce n’est qu’un rêve.

Elle déglutit. Ses mains la brûlent, alors qu’elle se retient de les tendre vers le bébé. Misha le serre un peu plus contre lui. Une tristesse s’empare de lui, adoucissant sa mâchoire anguleuse. Des oiseaux piaillent non loin, d’autres animaux bougent dans les fougères.

« Un rêve, ce n’est qu’un rêve, se répète à voix haute Béatrice.
— Qui sait réellement ? » lui rétorque Misha.

Après un court silence, il ajoute :

« Giulia ne te rendra pas visite. Boucles de Sang n’arrivera pas à l’invoquer et repousser le Serpent en même temps. »

Boucles de Sang ? Un cobra tombe d’une branche. Il siffle, s’enroule sur lui-même, tend son corps souple pour frapper. Misha l’attrape sans ciller et le lance au loin. Le Renard s’élance à travers les talus.  

« Je… Je suis à Tijuana, Misha. »

Béatrice tousse, la bouche sèche et la gorge en feu. Ses yeux la brûlent.

« Non, mój kot. Tu es à Perpignan. »

Non ! Esmé… Esmé m’attend ! Je dois me réveiller.

« Beatrycze ! Ne tombe pas dans le piège du Serpent ! Les pouvoirs de Boucles de Sang sont affaiblis en dehors de Dùuzal. »

Un cri déformé le coupe. Béatrice agite sa tête. Esmé… Esmé, je veux voir Esmé !

« Rattache-toi à notre histoire, mój kot ! »

Il humidifie ses lèvres.

« Quand j’étais petit, je croyais dur comme fer en la paix dans le monde ! Jamais, je n’ai eu aussi tort. »

Le bébé gazouille dans les bras de Misha. Béatrice croise les mains sous ses aisselles, avant de lui rappeler :

« Tu vivais dans un village paumé avec des livres d’histoire datés. »

Elle s’assoit sur un tronc renversé par une tempête passée, tente de collecter ses pensées. Misha la rejoint en berçant le bébé :

« J’aurais dû savoir que ma participation était risible, continue-t-il, entre le nom de l’unité et ma date d’incorporation. »

Le 1er avril 1997. Presque trois mois avant le conflit contre les Crucifiés.

Béatrice se remémore leur rencontre, fin juin.

Autour d’eux, un champ de bataille prend vie. Les Polonais tentent de repousser l’invasion des Russes. Les tirs pleuvent comme les corps tombent dans les deux camps. Des membres de Sforza-Romano et d’autres milices soutiennent l’armée polonaise. Toutes ses horreurs causées pour un rotulus volé et un désir de représailles de la part des Crucifiés. Je hais cette secte.

« C’est vrai, chuchote Misha. C’est comme ça qu’on a été séparés des autres sans moyen de communication. Toutes nos solutions de replis ont fini à l’eau à cause des Russes. »

Les soldats s’effacent pour rendre sa quiétude à Białowieża. Béatrice et Misha sont assis côte à côte devant un feu. Après deux semaines d’errance, ils ont découvert cette cabine de chasse abandonnée. Comment ?

Le rire de Misha ravive quelque chose en elle.

« Tu t’en sors très bien. Boucles de Sang nous maintient à distance du Serpent.
— Je ne suis pas là, mais à Tijuana en-
— Beatrycze. Tu te souviens ? »

Je ne fais que ça.

« Tu es beaucoup de choses, mój kot. Une enfant qui poursuit un meurtrier. Une sœur qui veille sur son frère. Une élève qui admire son mentor. Une soldate qui exécute des ordres. Une femme qui s’accepte et s’assume ? Non, plus jamais depuis Giulia, la première et la dernière à te l’avoir permise.
— Jusqu’à toi, admet Béatrice.
— Jusqu’à moi, répète Misha avec tendresse. La guerre a brisé mes illusions d’enfant. En échange, je t’ai rencontré. Un an et demi à tes côtés, à t’aimer sans penser au lendemain. Au moindre doute, il me suffisait d’entendre parler de toi, de penser à toi ou te voir. La Chasseuse de Minuit pour nos camarades, la mère de mon bébé pour moi.
— Misha… »

Les mots s’accumulent dans sa gorge, grossissent au point de l’étouffer.

« Je suis désolée. » murmure-t-elle en sanglots.

Misha enroule un bras autour de ses épaules, et la rapproche de lui. Il embrasse le sommet de son crâne. Des mots libérateurs s’écoulent de sa bouche en un chant doux. Combien de fois a-t-elle prié Dieu en pensant à eux ? Combien de fois a-t-elle ravaler sa douleur, se sentant honteuse et coupable ? Combien de fois a-t-elle voulu les rejoindre ?

« Mój kot, nous t’aimons. Pour toujours. Tu nous pleures à ta façon, mais un jour… Tu devras continuer à avancer, sans regarder derrière. »

Ses doigts caressent son ventre, un peu plus haut sur la droite de son nombril.

« Crois-tu en la réincarnation ? bredouille-t-il avec un trémolo dans sa voix.
— Oui. »

Le monde se transforme en une cave.

Désorientée, Béatrice n’arrive pas à comprendre où elle se trouve. Des taches sombres bloquent une partie de sa vision. Par interstice, des néons défilent au-dessus d’elle. Elle a froid, si froid. Le sang s’écoule de son ventre, là où une balle perdue s’est logée.

Son frère se penche sur elle.

Des mots inarticulés sont étouffés par le masque chirurgical qu’il porte. Une charlotte cache sa couronne de tresse usuelle. Ses taches de son ressortent sur son teint livide. Pourquoi fais-tu cette tête ? Béatrice lève des doigts ensanglantés jusqu’à sa joue.

Noir. Tout devient noir.

Un bébé gazouille dans sa couveuse. Une lumière forte l’entoure, blessant les rétines de Béatrice. Le rire angélique se répercute contre les murs cotonneux. Non. Le cœur en miette, Béatrice s’avance tel un automate. Elle attrape la couverture aux ailes cousues dans le revers et tire.

Un nuage de papillons s’envole.

XXIII[3] et XXVII[4] dansent dans les airs à hauteur de son nez.

D’un geste haineux, elle les balaye et hurle. La cicatrice formée par l’impact de balle la brûle. Le chêne réapparaît. Misha n’est plus là ni leur fils. Au cœur des racines imposantes, le Renard l’observe, la gueule en sang. Il s’allonge, des volutes de miasme s’élevant de sa fourrure aux branches basses de l’arbre. Des mots apparaissent et voltigent autour de Boucles de Sang :

« Serpent mentir. Protège Chien. Moi aider toi. Besoin repos. »

*

Une fragrance florale donne le tournis à Béatrice. Elle se redresse, essoufflée. Le visage humide, elle ne comprend plus ce qui se passe. Des bras l’enlacent, la bercent. Une joue se pose contre le sommet de son crâne. Une mélodie se déverse à son oreille.

« Si ça ce n’est pas une crise de PTSD ! commente une voix au loin. On a de la chance que les gardes nous ont à la bonne.
— Mon grand-père était comme l’Italienne, leur apprend une autre détenue. La Grande famine l’a changé au point de tuer ma grand-mère pendant une de ses crises.
— Les filles retournez à vos pieux, intervient Estéfania.
— Ah non, j’ai envie de savoir qui sont Reiju, Marcus et Misha, glousse une des filles. L’Italienne ne mange pas que du minou apparemment.
— Assez ! les rouspète Esméralda.
— Oh, tu es jalouse de ses ex ? »

Des commentaires jaillissent de toutes parts. Les moqueries se mêlent aux questions déplacées. Béatrice retrouve ses esprits difficilement. Quelque chose cloche. Pourquoi j’ai l’impression d’oublier quelque chose de vital ?

Elle se blottit contre Esméralda.

« Tu es chaude, chuchote-elle. Si chaude.
— Gata, tu devrais te recoucher. »

Autour d’elles, les railleries et les sobriquets se multiplient. Béatrice reconnait parmi elles Camila, une teniente des Segadores. Par manque de place, elle a été mise dans leur cellule temporairement. Silence, je veux du silence.

Le regard vide, Béatrice se lève et frappe en plein plexus Camila. Celle-ci s’écroule et vomit. Trois soldates des Segadores hésitent à intervenir. Estéfania se place devant ses filles, le menton levé en défi. Vous ne m’intéressez pas. Elle pousse sur le côté Camila et abat son pied sur sa bouche.

« Je suis la Chausseuse de Minuit, l’une des Cinq. »

Un rire vide d’émotion déferle de sa bouche.

« C’est risible non ? Je me retiens depuis des mois. Un mauvais rêve et je ne me contrôle plus… Si l’une de vous travaille pour Maria : dites-lui que son destin sera pire que Pietro. »

Marre d’être passive.

« Et si vous avez encore envie de m’emmerder, la prochaine perdra plus que des dents. 
Gata. »

La voix de Misha résonne en écho de celle d’Esméralda.

« Pardon, Esméralda, je sais que tu n’aimes pas ça.
— Elles ont compris ton message, retournons dormir.
— Mes filles vont s’occuper de nettoyer, leur offre Estéfania.
— Pourquoi ferais-tu ça ? se méfie Béatrice.
— Tu es la future dirigeante de Sforza-Romano, que tu le désires ou non. Tu t’assumes enfin, se réjouit Estéfania. Nous pouvons nous allier ici et continuer à nous aider une fois libres. »

Estéfania ouvre ses paumes en signe de paix.

« Nous en parlerons plus tard. Tu es dangereuse quand tu te contrôles. Alors, quand tu ne te maîtrises plus ? »

[1] La forêt de Białowieża est aussi appelée Bialovèse ou Belovej en français.
[2] 1998 en chiffre romain.
[3] 23 en chiffre romain.
[4] 27 en chiffre romain.

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