

L’humidité imprègne le sas donnant sur quatre tunnels – incluant celui du bâtiment F1. Candice s’approche du seul mur sans ouverture. Elle frotte la roche, marmonne une incantation sous les cris des résistants.
« Ce n’est pas ton rôle ! la rouspète celui aux cheveux gras. Dégage, salope ! »
Il lève sa main, bien vite bloquée par Aedan.
« Je perds patience, gronde-t-il. Marcus doit être amené à la clinique. Nous avons faim, besoin d’une douche et sommeil ; après avoir tué des gazés ratés, une puissante thaleb, des collaborateurs et des Changés. Bien plus que vous n’en faites, le cul sur vos tabourets à insulter tout ce qui bouge.
— Lâche-moi, connard ! »
Béatrice se tourne vers Aro, ignorant la dispute qui gonfle.
« Si on pose le brancard, je les tue, admet-elle en italien.
— Garde tes munitions et tes forces. Une fois rétablis, nous irons ailleurs en suivant notre plan initial.
— J’aurais dû vous rejoindre plus tôt.
— La Faucheuse en a décidé autrement. »
Un bruit sec reporte leur attention sur le Chien. Ce dernier a porté un coup d’estoc en plein sternum du résistant. Candice se cache dans l’ouverture révélée. Encore un sort de dissimulation ? Les yeux gris d’Aro glissent des escaliers à son époux.
« Dépêchons-nous, tranche-t-il d’un français dévoré par son accent palpable. Nous nous disputerons plus tard. »
Le trio de garde les laisse passer, la mine rongée par une colère ardente.
L’ascension s’avère ardue sous les néons clignotants. Aro accuse le coup, l’adrénaline refluant. L’élancement à l’arrière de son crâne pulse en rythme avec son pouls. Un vertige manque de le faire tomber. Il rajuste sa prise. L’œil entrouvert de Marcus ne le quitte pas, luisant et aux veines éclatées.
Béatrice s’immobilise et attend, sans se retourner, une impulsion dans le brancard pour continuer. Aro profite de cet instant de répit. Il régule sa respiration, roule ses épaules pour relâcher la tension. Il se focalise sur leur environnement, pour ne pas céder à sa fatigue.
Une seule issue connue. Espace exigu. Murs humides. Ventilation présente, insuffisante. Risque de moisissure, environnement impropre pour s’y réfugier longtemps, dangereux pour des blessés.
Il inspire. Expire. Enfin, il reprend la montée. Béatrice marche à son rythme. Son silence transpire d’inquiétude. Aro décide de fredonner l’une de ses chansons préférées. Sa fille se joint à lui, bougeant sa tête au rythme des paroles chantonnées.
Ils s’arrêtent en entrant dans un second sas – lui aussi gardé par un trinôme. Ils empruntent l’unique couloir, accèdent à une salle commune encombrée par des tables et une cuisine de fortune. Une femme s’y attèle, aidée par un groupe d’enfants et d’adolescents.
« C’est par-là. »
Candice pointe un espace de stockage étroit, où la poussière sature l’air. Mauvaise gestion des lieux. Manque d’expérience, de temps ou de mains-d’œuvre ? Le questionnement d’Aro est supplanté par la surprise quand Candice fonce dans une armoire.
L’illusion se brise en même temps que le battant se ferme sur sa petite silhouette. Sort de distorsion. Beaucoup de possibilités. La puanteur causée par le sang séché et l’iode lui rappelle les terrains. Sa curiosité grossit à la découverte de la clinique clandestine.
Table d’examen bricolée. Matériel médical épars.
Une femme s’affaire auprès des patients alités.
« Nora, appelle Candice, as-tu une place de libre ?
— Je finis de désinfecter Rachel. »
Nora rajuste ses lunettes rondes avec son poignet, puis reprend ses soins.
« Vous appliquez un ordre d’arrivée brut, sans évaluer la gravité, pointe Aro. Résultats : perte de temps et mise en danger des valides.
— Je peux bouger, offre un homme avec une coupure à la main soignée.
— Vous n’êtes pas en charge de la clinique… » rétorque d’une voix hésitante Nora.
Dix-huit à vingt ans au maximum.
« Connais-tu la priorisation des soins ? »
Tout en la questionnant, il installe Marcus. Béatrice s’écarte d’eux, surveillant l’accès à la clinique. Aedan se positionne devant une seconde porte. Salle d’opération ? Nora répond, presque inaudible :
« Les bases qu’en théorie. Je suis en première année d’IFSI.
— École d’infirmière ?
— Oui, monsieur.
— Viens avec moi, je te développe le cas de Marcus maintenant. Prends des notes : les mots s’envolent, mais les écrits restent. »
Il lui offre un sourire succinct pour l’encourager. Nora farfouille dans sa blouse trouée. Un vieux carnet et un crayon cassé encombrent ses mains. Tremble un peu. Semble sérieuse. Aro la dévisage. Malaise manifeste, mais ne détourne pas le regard. Gagnera en confiance facilement.
« Après, je me poserai et t’expliquerai le TCCC, Tactical Combat Casualty Care, puis le START, Simple Triage and Rapid Treatment.
— Vous étiez médecin avant le Jeu ? s’intéresse Nora, une nervosité vibrant en elle.
— Chirurgien tactique, puis officier médical. Commençons ta formation. »
Aro avise un lavabo et se lave les mains, imité par Nora. Tout en parlant, Aro manipule Marcus. Respiration lente, régulière. Pupilles réactives. Œdème presque résorbé. Risque de complications pulmonaires possibles. Marcus suit ses gestes de son seul œil valide.
Un haut-le-cœur saisit Nora à la vue d’une plaie réouverte. Aro se focalise sur elle – ignorant le voile qui menace de brouiller sa vision. Il détourne son attention en lui demandant un kit de suture. Nora prend une aiguille qui baignait dans du désinfectant.
« Utilisons mon équipement, acte Aro, on vérifiera le tien après. »
Ensemble, ils reprennent les soins de Marcus et renforcent le bandage thoracique.
« Aiden et Lucien seront contents de vous avoir avec nous, sourit Nora. On garde la clinique à tour de rôle.
— Urgentistes ?
— Aiden et Lucien travaillaient à l’infirmerie de la caserne, mais ils ne veulent pas en parler.
— Ils ne te forment pas ? »
Nora pince ses lèvres.
« Pas vraiment : Aiden juge qu’on n’a pas le temps. Lucien a confiance en moi et il intervient souvent sur le terrain. »
Mauvais protocole. Aro caresse la joue de Marcus.
« Reprenons ton triage depuis le début. La priorité, Nora, c’est de toujours pouvoir évaluer qui vit, qui meurt et qui gêne la chaîne de soin. Tu apprendras à décider vite. Tu feras des erreurs, mais tu les feras ici, pas sur le terrain.
— Je suis prête. » affirme Nora, malgré une légère lividité.
Aro lui sourit.
« Tu le seras quand tu n’auras plus besoin de le dire. »
Marcus essaye de redresser sa tête vers Béatrice, toujours en faction devant la porte. Il lève un doigt, faiblement. Elle le repère et lui répond d’une voix serrée :
« Je suis là, papà.
— Aedan, Beatriz, allez-vous laver et manger. Je vous examinerai en dernier.
— Papa… »
La méfiance naturelle de sa fille exsude de tous ses pores.
« Personne ne viendra nous chercher des ennuis ici, affirme Aro. Deux équipes surveillent les sas pour accéder au QG. Tu ne tiendras pas éternellement sans prendre soin de toi. Et… en cas d’attaque, nous sommes armés et entraînés.
— Laissez-moi vous montrer les hygiènes et le dortoir, offre Candice. Le repas de ce soir sera servi d’ici une heure. Je vous apporte une assiette… ?
— Aro, Aro Jäger, se présente-t-il. Nous mangerons à tour de rôle avec Nora. »
Béatrice l’enlace avant de partir.
« Je reviens très vite, papa.
— Beatriz, tu nous as manqués. »
Ils se séparent, les yeux embués.
*
Aedan et Candice devancent Béatrice, qui préfère rester en arrière. Leurs pas crissent sur le sol terreux. L’éclairage de la salle commune, plus faible que celui de la clinique, suffit malgré tout. Des câbles pendent, accrochés avec les moyens du bord. Le compteur électrique, tenu en équilibre précaire sur le mur, rappelle le siècle dernier.
L’humidité suinte des parois, imprègne l’air. Le manque d’aération engendre une odeur désagréable de renfermé, mêlé à de la moiteur et de la sueur. La cuisine improvisée ne réussit pas à la masquer, malgré une marmite sur la plaque à gaz. La cuisinière s’affaire, aidée par les plus jeunes.
Béatrice les observe en silence. Elle cherche à puiser une énergie nouvelle à leur vue. Ses ongles s’enfoncent dans ses paumes. Les muscles contractés menacent de céder à la tension qui l’accable. Elle s’efforce au calme, détend ses poings et frotte son visage las.
Aro veille sur Marcus. Dès qu’il sera suffisamment rétabli, on partira d’ici.
Un doute la fige. Peut-elle réellement laisser ces enfants à leur sort ? L’insalubrité de ce QG contrebalance presque la proximité dangereuse d’ennemis cruels. Son regard se pose sur Aedan et Candice. Ils s’arrêtent à leur tour. Ils ont essayé de les évacuer. Béatrice hésite. Comment pourrait-elle aider ? Peut-elle seulement se permettre d’y mettre son nez ? Sa priorité, son but ultime, est d’éliminer Ahmès – pas de sauver la veuve et l’orphelin.
« Fais chier, siffle-t-elle en pinçant l’arête de son nez.
— Ça ne va pas ? s’inquiète Aedan.
— Je suis trop claquée pour réfléchir correctement. » lui chuchote-t-elle.
Il ne la presse pas plus. Béatrice l’en remercie d’un bref sourire.
Un garçon blond passe devant elle, riant aux éclats. Il récupère une caissette dans le débarras qui sert de leurre. Ses petits bras encombrés l’empêchent de courir aisément. Il trotte jusqu’à la table servant de plan de travail, en sort des paquets aux couleurs délavées. On doit trouver des vivres plus sains. Si Ahmès fonctionne comme Tlazolteotl, ce dernier fait approvisionner la caserne. Ne reste qu’à corrompre quelqu’un en charge de la réception.
Béatrice s’arrache à sa contemplation. Candice triture ses doigts tout en les dirigeant vers une porte branlante, à l’opposé de la clinique. Des résistants les jaugent, éparpillés dans la grande salle qu’ils traversent. Ils pourraient pas se bouger le cul pour les gamins ? Elle musèle son agacement, ne connaissant pas encore le fonctionnement complet de la Résistance.
Le garçon court à nouveau dans sa direction et s’arrête à un pas d’elle.
« Tiens ! »
Il lui tend un gâteau sec. Son sourire édenté est communicatif.
« Merci, petit.
— De rien. »
Il repart en gloussant.
« Une véritable charmeuse d’enfant, la taquine Aedan.
— Jaloux, Snoopy ? »
Aedan fronce du nez avant de sourire, quand elle partage avec lui son biscuit. Le goût farineux colle à son palais. Mais, c’est du sucre et quelque chose à enfin mettre dans son estomac. Nous avons tous besoin de nous ressourcer et nous reposer. Elle imagine un souper chaud, humain, après cette journée ardue.
Ils accèdent au dortoir au plafond bas, rendant la pièce exigüe malgré sa grandeur. Béatrice ne rentre pas immédiatement. Pourquoi s’être épuisé à créer des espaces aussi imposants, si c’est pour les laisser dans un état aussi délabré ?
Elle compte vingt-trois lits éparpillés sur des tapis encrassés. Leur origine disparate pleure de meilleurs jours. Les draps colorés, aux effigies de héros, de voitures et de fées, se mêlent à ceux plus classiques des adultes, unis ou aux rares motifs floraux.
Un parfum de lessive se mêle à celle rance ambiante.
Tout au fond, des lits et des tables démontés ont été entassés. Combien étaient-ils initialement ici ? Béatrice éternue et essuie son nez. Le manque d’aération risque vraiment de les faucher avant l’Élu et sa clique. Pour le moment, il n’existe qu’un chemin pour rejoindre les tunnels. Ont-ils au moins pensé à un plan d’évacuation ?
Les meubles peuvent servir de barricade ou de couverture en cas de tirs ennemis – mais à quoi bon ? Ils ne tiendront pas un siège ici. On dirait un putain de cercueil géant… Elle avise deux armoires rafistolées et des cartons empilés sur le mur à la droite de l’entrée – à gauche, une porte donne sûrement accès aux hygiènes. Candice fouille dedans pour récupérer des serviettes et des vêtements.
« Aro et Marcus ont des tenues de rechange, la prévient Béatrice, pénétrant enfin dans le dortoir. Vous avez de la lessive en poudre en trop ?
— Il t’en faut beaucoup ? s’enquiert simplement Candice.
— Assez pour me dépêtre de ça. »
Elle lui montre la matière visqueuse qui alourdit ses boucles.
« Ça fonctionne vraiment ?
— T’as jamais été bizutée ? contre Béatrice.
— Quelqu’un s’y est risqué avec toi ? » s’ébahit Aedan.
Béatrice hausse ses épaules. Un ancien s’était amusé à lui vider un seau de graisse mécanique dessus. Reiju n’avait pas participé aux festivités – accaparé par une opération majeure. Heureusement avec sa tignasse. Elle triture ses pointes. À sa sortie de Tijuana, elle les avait coupés jusqu’à ses oreilles avant de le regretter.
« Mon enfant ? »
Aedan hésite à la toucher. Ses yeux de chien battus l’agacent presque. Presque. Au fond d’elle, elle comprend son inquiétude – effet secondaire de leur lien ou pas. Elle doit faire pitié : ses vêtements déchirés et encrassés comme sa peau. Une douleur latente l’appesantit. Sa vessie se rappelle à elle.
« Toilettes, douche, manger, dodo et on parle des choses qui fâchent demain ? offre-t-elle.
— N’oublie pas l’étape examen avant de dormir, lui sourit Aedan. Plus tard, on devra s’entraîner pour que je puisse mieux récupérer et gérer tes blessures.
— En dernier recours. Sinon, je risque de prendre de très mauvaises habitudes. » prédit-elle.
*
Les douches ont eu droit à un meilleur aménagement. Le carrelage, bien que craquelé par endroits, offre une protection contre les murs et le sol terreux. Cinq pommeaux ont été fixés à une barre de métal solide. La tuyauterie, soudée à des colliers vissés dans les petits carreaux, achemine l’eau en un gargouillis familier. Elle jaillit en un jet étonnamment fort.
Béatrice se glisse en dessous, le nez en l’air.
Ses mains frottent son cuir chevelu, usent et abusent de la lessive pour en défaire les souillures. Celles-ci tombent par plaques en un splash ragoûtant à ses pieds. L’eau noire finit par s’éclaircir, la peau rougie comme ébouillantée. Rincée, elle s’emmitoufle de la serviette. Elle s’essuie rapidement pour enfiler les vêtements fournis par Candice – un t-shirt et un pantalon de jogging trop grand pour elle.
Merci Dieu, ma brassière a survécu à ce massacre.
Elle la laisse de côté pour ce soir. Son cerveau sature, vidé par les scénarios qui s’enchaînent sans fin. La serviette posée à un crochet, elle profite d’avoir ses deux mains libres pour attacher sa tignasse. J’en paierai le prix demain, statue-t-elle dans un gros soupir.
Les pantoufles empruntées réchauffent ses pieds. Ses rangers ont été posés dans un coin, propres après une dizaine de minutes à batailler avec. Elles ne devraient pas moisir. Le dos voûté, elle sort des hygiènes – passant sans un regard devant les toilettes séparées par des panneaux de bois.
Bien plus intime qu’à Tijuana.
« Mon enfant, tout va bien ? »
Aedan est affalé sur l’un des lits. Son pyjama bleu nuit lui va comme un gant. Chanceux.
« Si je m’allonge, je ne me relève plus avant trois jours, rit-elle avant de bâiller.
— Je sens que tu vas me remercier. »
Elle hausse un sourcil. Candice arrive avec un plateau qu’elle pose sur une table de fortune. Dessus, deux bols fumants mettent l’eau à la bouche de Béatrice. Tout en la remerciant, elle s’en saisit d’un et donne l’autre à Aedan.
Le bouillon, aux rares patates, brûle sa langue. Le gras envahit son palais, se glisse dans sa gorge qui se réchauffe. Elle pourlèche ses lèvres, reprend son souffle et plonge à nouveau dans son repas. Un soupir de bien-être affaisse ses épaules. Yeux clos, elle savoure cet instant. Aedan semble vivre une extase semblable, à l’entendre gémir longuement après une lampée avide. Ils prennent leur bouteille d’eau qu’ils trinquent en échangeant un clin d’œil.
« Je vais pisser toute la nuit, se chuchote Béatrice.
— Ravi de l’apprendre, la taquine Aedan. Tiens, ça ressemble au biscuit que le garçon t’a donné. »
Béatrice en attrape un, croque dedans. Farineux. Sec. Elle sourit, hoche du chef.
« Normalement, vous deviez les manger avec vos soupes, râle faussement Candice. J’aurais aimé vous proposer plus, mais les denrées sont rationnées.
— On parlera logistique demain, si tentés nous restons, la prévient Béatrice.
— Est-ce à cause du trinôme surveillant les tunnels ?
— Pas que. Votre QG a beau être imperceptible d’Ahmès pour l’instant… Il est… trop insalubre. »
Elle cherche à être polie. Le Chien détint-il sur moi ? Ce dernier suce ses doigts, avant de se décider à lécher son bol. Il se redresse d’un coup, sentant son regard lourd. Ses canines luisent sous les néons, avant de disparaître, occupées à croquer dans un biscuit.
« Il faut juste rafistoler la ventilation, offre Candice.
— On crèvera ici si on reste plus d’une nuit. Et encore, j’ai peur de choper une saloperie en aussi peu de temps.
— Nous avons perdu beaucoup de gens et leurs compétences, concède Candice. Mais avec vous, Aedan et vos pères, nous pourrions obtenir un nouvel élan.
— On en parlera demain, se répète Béatrice en frottant ses yeux.
— Aro arrive bientôt, l’informe Aedan. Pourquoi ne fermerais-tu pas un œil en attendant ? Et si tu t’endors, il pourra toujours vérifier ton état général. »
Béatrice grogne, lorgne longuement le lit à la droite d’Aedan. Les draps aux pivoines roses ont l’air frais, le matelas confortable. Ses pieds avancent d’eux-mêmes. Ses genoux cognent contre le rebord. D’une pulsion, elle monte dessus à quatre pattes, puis s’étend de tout son long.
« Cinq minutes. » murmure-t-elle en s’endormant, le visage écrasé contre un oreiller douillet.



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