

Juillet cède sa place à août. Béatrice déteste ce mois, marqué de pertes. L’eau glacée n’arrange en rien son humeur morose. Elle guette autant qu’elle craint le 8, 23 et 27 – suivi de peu par le 6 septembre. Une brève hésitation la paralyse. Devrait-elle en discuter avec Esméralda, qu’elle ne quitte presque jamais ?
Faut que je demande conseil à Rei. Un immense sourire dévore le visage de Béatrice : à 8 heures pile, ils se reverront enfin. Elle sort de la douche et se frotte vivement avec sa serviette. Sa chair de poule diminue à peine, comme son léger grelotement.
Un vent chaud s’élève et frappe ses mollets. Le corps de Béatrice se tend sous ce changement brusque. Elle recule, bouche bée, à la vue d’un immense renard à la fourrure de feu. Il l’observe, assis sur le carrelage mouillé. De la buée se forme autour de lui. Un cobra aux écailles multicolores surgit derrière lui et l’attaque.
C’est quoi ce bordel ?
« Salope de Sforza. »
Béatrice sursaute, l’apparition oubliée.
Une codétenue la bouscule avant de prendre sa place sous le pommeau de douche. Encore une recrue des Segadores. Béatrice ne dissimule pas son antipathie. Depuis son arrivée, elle a envoyé une trentaine de partisanes de Fernanda à l’hôpital.
Les amocher ne suffit pas… En tuer une sera plus efficace. Un long soupire relaxe ses épaules. Béatrice noue sa serviette au-dessus de sa poitrine, cachant à demi la louve des Sforza-Romano. Puis, d’un geste vif, elle empoigne les cheveux de la recrue des Segadores, qui tire en arrière et griffe ses avant-bras. Elle s’appelle comment déjà ? Paola, Renata ? Un rictus assombrit son teint hâlé.
Au fond d’elle, Béatrice s’en moque.
Tout en secouant de gauche à droite la tête de la malheureuse, elle la reprend :
« Ro-ma-no. Répète après moi, connasse, tu peux le faire. »
La détenue enfonce ses ongles dans sa peau. Du sang perle et tombe, goutte après goutte, sur le carrelage. Béatrice ne ressent pas la douleur qui afflue, focalisée sur la future souffrance de sa proie.
« Répète, lui ordonne-t-elle d’une voix dénuée de la moindre once d’émotion. Romano. Pas Sforza, pas la salope ou la pute de Sforza, mais Romano.
— Va te faire foutre ! » crache sa victime.
Béatrice rit, esquivant un poing revanchard. Elle libère la recrue des Segadores avant de la frapper en plein plexus. Celle-ci s’écroule à quatre pattes et vomit. D’un bond, Béatrice s’écarte en veillant à ne pas tomber.
« Passe le mot à tes amies : la prochaine à m’appeler Sforza mourra. »
Sur cette promesse, Béatrice s’en va d’un pas guilleret. Elle sourit aux détenues restées en retrait et celles qu’elle rencontre avant d’atteindre le vestiaire. Il suffira d’une heure pour que la nouvelle se répande à toute la prison.
D’ici là, Béatrice aura discuté avec son frère et lui aura demandé de prévenir Marcus. Avec un peu de chance, elle croisera la Coja, une gardienne boiteuse, qui acceptera de ne pas intervenir en échange d’argent.
« Pas si vite, détenue 2207. »
D’un mouvement de tête, une garde balafrée invite des détenues à moitié dévêtues à quitter le vestiaire. Elle referme la porte menant aux douches derrière la dernière d’entre elles. Une fois sûre qu’elles ne sont plus que deux, Béatrice la salue d’une voix basse :
« Marlène, tu m’as presque manqué.
— De même, la Chasseuse.
— Pas de surnom renflant, par pitié, rit Béatrice.
— Tu fais partie des Cinq. » lui pointe la gardienne.
Béatrice grimace face à ce rappel. Trois ans après son départ, ceux appartenant à ce milieu la reconnaissent toujours comme la « Chasseuse de Minuit », une tireuse d’élite de Sforza-Romano – en plus d’être une experte en combat rapproché.
Marlène frotte sa balafre.
« Idem pour mon père : trente ans après, il a répondu à l’appel du Faiseur de braises. »
Béatrice acquiesce.
« Comment va-t-il ?
— Bien. »
Marlène roule des épaules, la mine renfrognée.
« Pour lui, je veille sur toi. Je refuse de t’aider indirectement à tuer d’autres détenues
— Déjà au courant ?
— Tu sais très bien à quel point ça résonne dans les hygiènes, non ? Les Segadores ne te laisseront pas tranquille, même si la Grande Famine date. Tuer l’une de leurs recrues ne servira à rien. »
Qui a parlé de recrue ? Béatrice se retient de justesse de le souligner à voix haute.
« Marlène, échange ton prochain service avec la Coja. Profites-en pour aller voir ton père et lui passer le bonjour de ma part.
— Rends-lui visite quand tu seras sortie d’ici. Il souhaite te rencontrer en vrai, au lieu de se baser sur des rumeurs.
— Je le ferai sans faute. »
Béatrice frappe entre ses mains et lui sourit.
« Bien, si tu peux éviter mon visage, ce serait parfait. »
Marlène hoche du chef, tout en saisissant sa matraque.
« Méfie-toi pour la prochaine fois, tu as de la chance que ce soit mon tour de garde. »
D’un mouvement ample, Marlène la frappe en plein estomac et dans le dos à plusieurs reprises. Béatrice encaisse, les dents serrées.
« Ça devrait suffire pour ne pas éveiller les soupçons, commente Marlène. Bonne journée, Romano.
— Marlène. »
Marlène rouvre la porte communiquant entre le vestiaire et les douches. Elle reprend place à l’entrée, inexpressive et le regard fixé droit devant. Les prisonnières reprennent leurs allers-retours, chuchotant entre elles et dévisageant Béatrice. Cette dernière ne réagit pas, occupée à s’habiller.
Malgré des élancements là où Marlène l’a frappée, Béatrice fredonne sur le chemin pour retourner à sa cellule. L’effervescence générale lui rappelle Noël quand elle était petite. Des détenues s’aident à se coiffer et à se farder, pour celles ayant pu acheter ou fabriquer du maquillage.
Esméralda la hèle depuis son lit en hauteur, une expression digne du chat de Cheshire.
« Grimpe, gata, j’ai une surprise pour toi. »
Béatrice n’attend pas qu’elle se répète et monte à ses côtés.
« Tu adores ton pompon, gata, on le sait toutes. »
Des détenues à proximité rient gentiment à cette remarque.
« Toutefois, appuie Esméralda, ton frère vient te voir. C’est pour ça qu’on a un petit quelque chose pour toi. Ferme les yeux et tends ta main.
— Esmé…
— Fais-moi plaisir, s’il te plaît. »
Bon gré, mal gré, Béatrice cède à sa demande. Un objet rond et lisse alourdit le creux de sa paume. Elle rouvre un œil puis l’autre.
« Merci les filles, sourit-elle en lisant l’étiquette du produit capillaire.
— De rien, l’Italienne. Tu nous aides bien avec Fernanda et sa clique. »
Béatrice se tourne vers Estéfania, qu’elle n’avait pas remarquée jusque-là.
« Estéfania, je ne bosse pas pour toi.
— Tu le feras, quand tu comprendras à quel point tu te limites. À plus tard, l’Italienne.
— Gata. »
En douceur, Esméralda reprend le pot.
« Tu es forte, pas stupide, alors ne te la mets pas à dos aussi. »
Fais chier. Même si cela lui déplaît, Esméralda a raison. À elle de trouver un juste milieu pour rester neutre avec la cheffe des Desollores. Ce gang est affilé au cartel Velasquez qui contrôle la majorité des trafics de drogue de l’Amérique latine et importe jusqu’en Europe.
« Vous ferez d’excellentes amies, murmure Esméralda.
— Elle m’horripile moins que Fernanda, mais pas à ce point. »
Béatrice frotte sa tempe.
« Merci, Esmé. Tu as dû faire des pieds et des mains pour en avoir, dit-elle en pointant le produit de soin.
— Gata, j’ai mes sources. »
Le clin d’œil comique d’Esméralda lui rend sa bonne humeur.
« Tourne-toi que je te coiffe. »
En douceur, Esméralda démêle ses cheveux humides avant d’appliquer le produit. L’odeur d’huile d’argan chatouille ses narines, l’emporte loin du centre pénitentiaire. Mèche après mèche, ses boucles reprennent forme. Rêveuse, Béatrice joue avec l’une d’elles, ses pointes caressent la naissance de ses seins. Sa remarque brise leur bulle :
« Faut que je les coupe. »
Esméralda hume.
« Je les aime bien ainsi, admet Esméralda en terminant son soin. Ils sont jolis.
— S’ils deviennent trop longs, mes boucles ne tiennent plus.
— Tu as déjà essayé ?
— En quelque sorte, élude-t-elle. On peut toujours retenter. »
Béatrice récupère la brosse et propose :
« Tu veux une tresse française ou hollandaise ?
— Française, s’il te plaît. »
Esméralda profite à son tour et, contrairement à Béatrice, elle ne reste pas silencieuse bien longtemps :
« Ça me surprend que tu saches tresser ! Tous les jours, tu te contentes d’un pompon ou d’une queue de cheval.
— J’ai du mal avec tout ça, s’ouvre Béatrice. Quand j’étais plus jeune, je suivais l’exemple de ma mère. Après sa mort, j’ai toujours été entourée par des hommes. J’ai évolué avec eux, appris en les mimant. Le peu de féminité que je possède, je le dois à mon frère. »
Un léger rire anime Béatrice.
« Il m’a pourri-gâté et mal habitué. »
Elle pointe ses boucles.
« En général, c’est Rei qui s’en occupe.
— Une vraie maman avec toi. »
Béatrice sourit en réponse, ses doigts glissant dans la chevelure soyeuse d’Esméralda. En quelques mouvements, elle termine la natte et la sécurise avec un élastique qui traînait dans la poche de son jogging. D’une voix douce, elle relance leur conversation :
« Ta cousine vient te voir ?
— Oui ! Nadia ne pourra pas te parler, à cause de ce stupide règlement…
— On se dira bonjour de loin. Mon frère risque d’être plus… taciturne ? De nous deux, c’est lui le plus sauvage. »
Esméralda tord ses mains, nerveuse.
« Je panique à l’idée de le rencontrer. C’est bête, hein ?
— Relaxe : il ne mord que si tu le payes. »
Sa plaisanterie tombe à plat.
« Tu l’aimes beaucoup, insiste Esméralda. Pendant un moment, j’ai cru que tu avais des sentiments pour lui. »
Béatrice pouffe.
« Tu n’es pas la première à le penser. Mais, j’ai jamais ressenti ce type d’amour pour lui. Pas comme pour… »
Elle se tait, incapable de prononcer leur prénom.
« Je l’ai toujours vu comme mon modèle. Il m’impressionne et me fascine. La vie ne fait de cadeaux à personne, mais lui ? Bordel, je n’aurai pas supporté la moitié de ce qu’il a enduré. Sans lui… Sans lui, je ne serai plus en vie et inversement.
— Vous formez un binôme soudé contre le monde.
— Hum. »
Elles se taisent et savourent cet instant simple.
Quelques minutes plus tard, des gardiennes viennent chercher les détenues ayant des visiteurs. Elles sont menottées puis guidées dans le dédale de couloirs et de sas. Enfin, elles atteignent une grande salle baignée par la lumière du jour. Pas mal pour un salon familial. Des enfants sont rassemblés avec des jouets dans un coin. Des tables sont éparpillées, suffisamment proches pour maximiser l’espace et assez loin pour maintenir un semblant d’intimité.
Son frère, installé à l’une d’elles, dénote avec ses cheveux acajou attachés en queue de cheval et sa peau pâle. Il porte le costume lavande que je lui ai offert. Il maintient un visage inexpressif alors qu’un homme s’installe à son opposé.
L’inconnu tourne le dos aux détenues, un attaché-case posé à ses pieds. Sa chemise bleu marine se froisse quand il se penche vers Reiju. Des auréoles de sueur se forment sous ses aisselles.
« Ça va ? »
Béatrice se tourne vers Esméralda, dont la voix lui a paru plus aigüe.
« J’connais pas le tocard assis avec mon frère.
— Ils sont où ? »
D’un coup de menton, elle lui pointe leur direction.
« Ton avocat ?
— Non, c’est un vieux. »
Reiju croise son regard. Le violet a pris le dessus sur le bleu de ses prunelles. Mauvais, très mauvais signe. Son sang se glace quand il lui signe « Sbire. Maria ». Béatrice s’efforce de garder son mal en patience, les détenues étant amenées une par une à leur table. Elle court presque lorsque vient son tour.
Son frère l’enlace avant de se rassoir. Le parfum d’encens donne le tournis à Béatrice, qui ne retient pas un sourire benêt. L’inconnu racle sa gorge puis lui tend sa main. Un rayon de soleil accroche la pince en or de sa cravate.
« Pietro Moretti, se présente-t-il, madame Romano m’a placé en charge de votre dossier.
— Charmant. »
Elle se tourne vers son frère et utilise son nom-signe :
« Renard, ça va ?
— Il parle trop vite. Pas de face.
— J’interpréterai pour toi.
— Merci.
— Je ne comprends pas vos gesticulations, s’offusque Pietro. Sachez que madame Romano a une proposition. »
Il récupère un document de son attaché-case et lui tend.
« Un contrat de travail ? fronce des sourcils Béatrice, en le passant à Reiju.
— Madame Romano vous offre de réintégrer votre ancien poste, sous ses ordres directs. »
Son frère pouffe en posant l’amas de feuilles devant lui. Il lisse le papier, tout en lui jetant un regard sans équivoque : oublie cette proposition.
« En acceptant, vous serez libérée en quelques jours.
— Refuse, chat.
— Vous vous moquez de moi ? grimace Béatrice.
— Tuons Maria. Chat deviendrait louve. »
Un sourire discret ourle la fine bouche de Reiju.
« Renard, je veux être libre, lui pointe Béatrice. Plus de prison. Plus d’Organisation. À la maison, avec du bon café, un livre et toi. »
En éliminant Maria, elle signifierait à tous sa volonté de succéder à Marcus. Refuser ce poste reviendrait à déclarer la guerre à l’Organisation. La place de cheffe des loups ne m’a jamais attiré. En plus des responsabilités liées à ce titre, les manigances entre les Sforza et les Romano l’ont toujours rendue malade. Combien de vies a-t-elle détruites juste pour des croyances et des ambitions entachées par la cupidité ?
« Madame Romano attend une réponse dès la fin de notre entretien. »
Pietro s’agite sur son assise.
« Arrêtez de gesticuler quand je parle. On dirait un singe. »
De concerto, Béatrice et Reiju lui font un doigt d’honneur.
« Pas besoin que je traduise ? susurre Béatrice. Pars, je veux discuter avec mon frère.
— Vous refusez sa proposition ? »
Reiju pousse le contrat vers lui.
« Vous ne saisissez pas votre situation, mademoiselle Anatole !
— Romano, connard.
— Mademoiselle Anatole, insiste Pietro. Arrêtez vos singeries et réfléchissez.
— Encore une fois, le prévient-elle, et tu te condamnes à mort. »
Un rictus hautain rehausse la commissure des lèvres de Pietro. Il se lève en tirant sur le bas de sa chemise.
« Mademoiselle Anatole, refusez son offre et votre… frère, crache-t-il, en subira les conséquences autant que vous.
— Ah, ah, jure ? Pars, visite Tijuana, baise des putes, rien à battre. Demain, nous serons lequel d’entre nous a commis une erreur de jugement. Renard, transforme-le en tronc et envoie-le à Maria.
— Avec plaisir.
— Parfait. »
Pietro ricane.
« Vous êtes folle, mademoiselle Anatole. »
Sur ces mots, il récupère le contrat, son attaché-case et se rapproche d’une garde. Béatrice le surveille jusqu’à son départ. Reiju tapote son épaule, encore plus inexpressif qu’au début de leur entretien.
« Chat. Une autre solution. Déplaisante pour toi.
— Quoi ?
— Le père d’Or. »
Cosimo Sforza ?
Le salon familial se transforme en cimetière. La statue d’un ange pleure et veille sur la tombe de Giulia Sforza, l’unique fille et héritière de Cosimo. Béatrice lâche le bouquet de violettes qu’elle tenait. Un renard court vers elle, pourchassé par un cobra.
L’illusion se brise, pour le centre pénitentiaire de Tijuana.
Les épaules raides et les mains crispées dans son giron, Béatrice réfléchit à la proposition de Reiju. Cosimo représente un successeur idéal : il appartient à la famille Sforza et connait tout sur l’Organisation.
Cependant, la nausée et des sueurs froides tourmentent Béatrice en imaginant l’aider. Reiju doit y avoir pensé depuis le début. Là où elle cède trop à son cœur, lui l’ignore. C’est l’un de leurs rares points de discorde.
« Personne d’autre ? Clélia ? épelle-t-elle.
— À l’hôpital. Tumeur.
— Merde.
— On aide le père d’Or, en échange il nous oublie. À jamais.
— Renard, il… il a tué sa fille à cause de moi.
— Il l’a mariée de force à un homme violent, rectifie Reiju en des gestes rapides.
— Parce que je couchais avec elle !
— Et ? Vous aviez une liaison sans risque de bâtard. Il aurait dû te remercier.
— Homophobie, Renard. Tu connais, non ? »
Son frère lève les yeux au ciel, avant de rajuster ses manches.
« Alors ? Utilisons-le et oublions cette histoire.
— Et s’il ne tient pas sa parole ?
— Il le fera. »
Un bref instant, il abandonne son masque impénétrable. Une confiance profonde marque le visage diaphane. Le monstre tapit dans les iris violacés vibre d’une énergie familière. Il a déjà de quoi le faire chanter, réalise Béatrice.
« Comment ?
— Tu aimais Or. »
Béatrice hausse un sourcil. Reiju n’a jamais compris leur relation, ne l’acceptant que par respect pour elle. Suite au mariage de Giulia, il l’a emmenée découvrir l’Europe en camping-car. On venait d’arriver à Cracovie, lorsqu’on a appris son décès.
« Il te l’a prise, reprend Reiju avec une gestuelle plus douce. Il n’a jamais payé pour ça. Je pensais que tu te vengerais. »
Ses doigts se figent, muets.
« Or… J’ai promis à Or de ne pas le faire, lui apprend-elle.
— Je respecte ça.
— Merci.
— On l’utilise ? Ou pas ? »
Toujours droit au but.
« Oui. »
Béatrice pose ses mains à plat devant elle, le dos voûté.
« Merci, chat.
— Un jour, tu tomberas amoureux, le titille-t-elle. Tu seras pire que moi !
— Non merci. »
Ils se sourient.
« Tu me manques, renard. Vous me manquez.
— Toi aussi, tu nous manques
— Embrasse-les pour moi, s’il te plaît. »
Reiju hoche du chef avant de pointer Esméralda.
« Qui ?
— Une amie.
— Chat. »
Béatrice fait la moue.
« Compliqué.
— Tu agis comme pour Or et Chêne, s’agace-t-il.
— J’en ai peur, Renard. »
Son frère lui serre la main gentiment.
« Ils sont morts. Pas toi. Satisfais ton corps à défaut de ton cœur. »
Béatrice s’empourpre.
« Renard ! »
*
La visite a duré une heure. Une heure qui a défilé à toute vitesse pour Béatrice. Cette dernière fredonne, occupée à plier du linge. Le soleil réchauffe son dos et l’odeur de la lessive embaume son nez. Elle sort de sa rêverie lorsque la Bibliotecaria l’appelle avec Esméralda :
« Détenues 1329 et 2207, allez récupérer des produits. »
La gardienne leur tend une clef. Esméralda entraîne à sa suite Béatrice. Elles quittent la buanderie pour le couloir, où se trouve une autre garde accolée au mur. Celle-ci les salue avant de continuer à contempler le vide.
« Une nouvelle ? s’interroge Béatrice.
— Oui, elle remplace Katrina. Tu sais, la surveillante en cloque ?
— Maintenant que tu le dis. »
Elles s’arrêtent à l’opposé de la gardienne et entrent dans une pièce servant de placard et de débarras. Esméralda ferme derrière elle, tandis que Béatrice s’approche des étagères. Son regard se pose sur un matelas et des couvertures pliées.
« Ça m’étonne que la Bibliotecaria nous laisse autant de liberté et accès à tout ça. »
Le sourire d’Esméralda accentue ses suspicions.
« Que manigances-tu, Esmé ?
— Ferme les yeux, s’il te plaît. »
Béatrice s’exécute et tend l’oreille.
Le froissement de tissus se termine en un bruit sourd. Une odeur florale et de savon précède la chaleur d’un corps près du sien. Des doigts tremblants dessinent le contour de sa joue, l’arête de son nez puis ses lèvres. Ils glissent le long de sa gorge, frôlent ses clavicules et disparaissent.
La respiration de Béatrice s’accélère. Des papillons s’éveillent au creux de son estomac. La chair de poule dévore son être quand Esméralda saisit son pull et le soulève. Elle se laisse faire, levant les bras pour aider Esméralda. Un souffle humide s’approche de son cou, accompagné par une fragrance vanillée.
Esméralda l’embrasse tendrement, ses doigts plongés dans ses boucles.
Le baiser doux devient plus pressant et gourmand. Leur langue se rencontre, leurs mains se découvrent et leur parfum se mélange. Béatrice ouvre ses paupières. Ses pupilles se dilatent face à la beauté d’Esméralda. Elle l’a déjà vue nue. Ce matin, tout est différent.
« Gata. »
Esméralda la force à se pencher sur elle pour dévorer ses lèvres. Son glapissement électrise Béatrice, alors qu’elle la soulève et l’aide à enrouler ses jambes autour de ses cuisses – en plus de la sécuriser en plaçant un bras sous ses fesses.
« Où nous emmènes-tu ? »
Béatrice lui offre un sourire ravageur avant de l’allonger sur le matelas. D’une main, elle écarte les couvertures qui glissent et se déplient sous son empressement. Le soleil les auréole de sa chaleur et son éclat.
« Tu es magnifique, Esméralda. »
Celle-ci rougit et l’attire dans son embrassade.
« Fais-le-moi sentir, Beatriz. »



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